Entre le Petit Charlot et Rungis : 56 années d’approvisionnement ...

Le secteur de la marée de Rungis est l’un des plus importants ports de France en termes de volume. Son vaisseau amiral, le bâtiment A4, est une référence mondiale tant pour ses infrastructures que pour la qualité et la diversité de ses produits.

Au cœur du marché de Rungis, le plus grand d’Europe. 234 hectares d’une fourmilière où des tonnes de produits alimentaires sont distribuées chaque jour, où les hommes, les femmes et les métiers se croisent et cohabitent. À chacun ses horaires, et ses ambiances…

Une visite du marché de Rungis se mérite… Lever à 2 heures du matin, départ dans la nuit alors que la lune se couche sur les immeubles encore endormis. Les routes sont désertes jusqu’au péage qui permet de rentrer dans « cette ville dans la ville ». Dès l’arrivée, on se mêle à une agitation curieuse. Un ballet de camions incessant avant d’arriver à notre rendez-vous, le restaurant la Marée où déjà se retrouvent autour d’un café ceux qui finissent leur nuit de travail. Rungis est parsemé de ces lieux de rencontre, café ou restaurant, souvent au nom de la halle de marchandises la plus proche.

Le marché de Rungis, héritier des anciennes Halles de Paris, existe depuis mars 1969. C’est le plus grand d’Europe, avec des tonnes de produits alimentaires distribués chaque jour. Dans cet espace, aussi étendu que Monaco (234 ha), nous sommes obligés de nous déplacer en voiture pour passer d’une halle à l’autre. Il y en a six, la marée, les volailles, les viandes, les fromages, les fruits et légumes et enfin le pavillon des fleurs. Avec chacun ses horaires et son ambiance.

Il est 4 h 30, nous enfilons des blouses blanches, comme tout le monde ici, question d’hygiène. Mais pas le temps de traîner. Car nous débutons par la Marée et ayant commencé à minuit, elle se termine à cinq heures. Nous prenons d’abord les coursives d’un grand bâtiment. Vision unique d’une multitude de caissons en polyester contenant toutes sortes de poissons et de crustacés. L’ambiance y est fraîche et les bruits de la glace en paillettes constant.

En descendant, on se croirait dans une rue d’un port de pêche, la brise et le bruit de mouettes en moins ! Au bon port, Union marée, Océane… Les enseignes des grossistes se succèdent mettant en avant la marchandise : thon, rouget, sardines… mais aussi homard, c’est la saison, huîtres, langoustines, cigales de mer et pousse-pied, une variété de coquillage assez rare sur les marchés qui proviennent de la Trinité sur mer. Ces grossistes payent une redevance à la surface occupée et le marché leur doit l’eau et le couvert.

Les transactions se font de gré à gré. Les acheteurs sont de Paris et d’Île-de-France. Sauf le vendredi où ils viennent de tout le pays. Quatre cents tonnes de poissons sont écoulées chaque jour. Et aucun invendu. La resserre comme on dit dans leur jargon, est proposée à plus bas prix à la fin de la nuit.

Quelques clichés pris au rayon marée ces dernières années …

Histoire: Les Halles de Paris, ancêtre de Rungis ...

– L’origine des Halles remonte à 1137, lorsque Louis VI met en place un premier marché à cet emplacement, sur d’anciens marécages. Ce marché va très rapidement prendre de l’ampleur et c’est Philippe Auguste qui y ajoutera les premières halles, en bois, quelques années plus tard (1 183).

– Le marché des Halles continuant de s’étendre au fil des siècles, un immense projet est confié à l’architecte Victor Baltard en 1852, qui construit dix pavillons en métal et en verre, chacun ayant sa spécialité (viande, légumes…). À l’époque, ces constructions sont une révolution architecturale. Le projet de Baltard inclut la Halle au blé, construite au XVIIIe siècle (1 763), qui est toujours visible aujourd’hui, et qui abrite la Bourse de commerce.

– L’atmosphère des Halles au XIXe siècle est bien rendue par Émile Zola, qui leur laissera le nom de Ventre de Paris, son roman écrit en 1 873.

Après avoir ravitaillé Paris pendant plus de huit cents ans, ces Halles sont détruites en 1969 et le marché est transféré à Rungis et à la Villette par manque de place. Cette opération qui a duré plus de dix ans a été considérée comme le « déménagement du siècle » : on surnommait le chantier « le trou des halles ».

– Des pavillons de Baltard, il ne nous reste que le numéro huit, remonté à Nogent sur Marne, et qui accueille aujourd’hui des émissions de télé et des spectacles.

– Du « Ventre de Paris », il reste quelques institutions installées dans les rues aux alentours comme l’Escargot Montorgueil (1 832) ou le Pied de cochon (1947), qui fut le premier établissement parisien à pouvoir rester ouvert 7 jours sur 7, 24 heures sur 24, 365 jours par an.