AU PETIT CHARLOT

Au Petit Charlot, 50 ans de père en fille

Les petits commerces existent toujours autour de vous… En bref, vous pouvez manger local. Si certaines personnes choisissent de manger local, et des produits de frais et de saisons, ce n’est pas par hasard. Alors, quels sont les avantages et les raisons de notre succès ?

TÉMOIGNAGES

Qualité des produits 99%
Fraîcheur des poissons 98%
Rapport Qualité / Prix 92%
Conseils et disponibilité 97%
Amabilité 100%

Historique ... 1965-2016

De la boutique rue Urbain IV aux Halles de Troyes, en passant par les marchés de Bar-sur-Seine et Nogent-sur-Seine, Au petit Charlot est un commerce emblématique de la ville de Troyes. Pierre Collart l’a fondé en 1965 et c’est aujourd’hui sa fille, Anne, qui fête les 50 ans de la poissonnerie restée traditonnelle.

Une institution. Depuis 50 ans, la poissonnerie Au petit Charlot est un commerce emblématique de Troyes. Les premiers clients ont connu Pierre Collart, son fondateur avec son banc d’huître devant la café de Foy. Six mois par an ici et six mois aux Sables d’Olonne, où il rencontre son épouse Josette. Ils reviennent ensemble à Troyes en 1965 pour ouvrir le 11 novembre leur première boutique, au 17 de la rue Urbain IV « dans une ancienne boucherie ». « On avait de beaux clients, des patrons de bonneterie, des avocats, des médecins… », se souvient le couple, dont peu connaissent le vrai nom. À l’époque, 17 poissonneries se partagent le marché, mais Pierre, l’autodidacte très travailleur et Josette, la Sablaise, se font rapidement leur place. Avec eux très rapidement leurs enfants, Anne et Franck grattent les moules, tiennent la caisse et servent les clients.

Pour les fêtes, une longue file d’attente se forme devant la boutique, le stationnement est anarchique, mais tout le monde récupère ses plateaux. Jusqu’à 800 pendant les fêtes. Peu les rendent, et Pierre mise sur la publicité pour les récupérer. « SOS Charlot réclame ses plateaux ». La formule, longtemps diffusée dans l’Est éclair, contribue à la notoriété du poissonnier.  L’affaire grandit et Au Petit Charlot s’installe à Sainte-Savine, aux Chartreux, à la Chapelle-Saint-Luc et commence ses tournées sur les marchés du département. Avec une autre formule. « Le poisson ne nage pas dans la mer tous les jours pour n’être mangé que le vendredi », répète Pierre pour vendre son poisson. Ils se souvient des immigrés portugais, ou pied-noir, pour qui le poisson est une habitude. « De bons clients », remercie-t-il. « Pierre montait aux halles de Rungis quatre fois par semaine, et moi je l’attendais en boutique, avec nos employés, et souvent les enfants », raconte Josette. Sur place, il était épaulé par le « Charlot » de la place de Clichy, qui lui a inspiré le nom de la boutique et la belle tenue de la vitrine. Les années passent et la concurrence est désormais en grande surface, mais les Collart résistent. Il refont la boutique tout de blanc et d’inox en 1974, au 19 de la rue urbain IV. « On a été les premiers à Troyes à s’équiper d’une machine à glace », raconte encore tout fier de lui Pierre Collart. Car le plus dur du métier, il le reconnaît : c’est « le froid ».

Ils seront aussi les premiers (ils ne sont que deux aujourd’hui) à investir dans un ascenseur dans leur case des Halles de Troyes pour monter plus rapidement la marchandise. En 1989, grand changement : Pierre et Josette laisse la main à leurs enfants, « tout en confiance ». Des nouveautés apparaissent, notamment la Fête de la moule le premier samedi d’octobre de 1992 à 1994, où jusqu’à trois tonnes de moules sont distribuées gratuitement au pied de la basilique. « On retrouvait des coquilles jusqu’à la cathédrale », en rigole encore Pierre Collart. « Ils sont revenus nous aider une dizaine d’années pour les fêtes », se souvient Anne, qui tient la boutique de la rue Urbain IV, jusqu’à sa fermeture en 2002. « No parking, no business » explique-t-elle pour justifier la fermeture alors que les travaux de la rue Urbain IV ôte toute possibilité de stationnement. Depuis, elle est aux Halles de Troyes et son père Pierre occupe sa retraite à… pécher ! Tandis que Josette a du mal à décrocher. « Je retourne au marché de Nogent, donner un coup de main… et voir les clients ! » avoue-t-elle dans un sourire. Le Petit Charlot est en effet à Bar-sur-Seine le vendredi matin, et à Nogent-sur-Seine, le samedi. À Troyes, c’est toujours Anne qui officie, dans ses deux cases des Halles, avec le même sourire que sa mère, malgré les nuits passées à Rungis, à la suite de son père.

Des Halles de Rungis aux étals du poissonnier

Quand on commande un poisson, un filet ou quelques moules le mercredi matin, le samedi matin ou n’importe quel autre jour de la semaine, on n’imagine pas l’activité du Petit Charlot. Car derrière le sourire de la patronne et la glace des vitrines, la plus vieille poissonnerie des Halles organise ses semaines avec minutie pour répondre à la demande des clients. Anne Collart, qui a repris l’affaire familiale avec son frère en 1989, nous a embarqué avec elle au marché international de Rungis.

Il est 23h 30 quand elle retrouve son chauffeur Hacène aux Halles de Troyes. Elle a déjà en tête ses stocks, dont elle a fait l’inventaire la veille, et les commandes passées par ses clients fidèles pour le lendemain matin. Pendant le trajet, elle passe quelques coups de téléphone à ses fournisseurs pour pré-commander quelques produits ou voir l’état de la marée. « Notre métier dépend de la pêche, les produits changent chaque jour, et les prix augmentent en cas de tempête », présente Anne en préparant sa liste. 2h15 plus tard elle descend du camion pile à l’heure pour l’ouverture du pavillon de la Marée.

Il est 2h du matin. On se croirait en plein jour. Tout le monde est bien réveillé et l’activité bat son plein sous les grandes halles de Rungis. Après un petit café, Anne Collart commence sa journée d’acheteuse. « Pour bien vendre, il faut bien acheter ». L’ancienne étudiante de l’école de commerce de Troyes, a repris la formule de son père à son compte. Devant les palettes de poisson du marché de gros, elle scrute donc la qualité. Elle fait ouvrir les coquilles pour voir la fraîcheur, les touche du bout du doigt pour sentir leur vivacité. S’arrête devant un stand puis repart, déçue de la qualité des soles.

« Ça, c’est magnifique », sourie-t-elle plus loin devant l’oeil brillant d’une daurade. « Je ne commande pas partout », explique la poissonnière, qui fait le trajet jusqu’à Rungis trois nuits par semaine pour choisir elle-même ses produits. Chez Reynaud, son principal fournisseur, elle négocie avec Momo. Toujours avec le sourire, quelques clins d’oeil et son carnet de commande en main, elle passe des coquilles aux chinchards, des joues de raie aux filets de merlan. « C’est ce qui se vend le plus, les filets, car les gens mangent du poisson, mais ne veulent pas d’arêtes » remarque la commerçante, qui note quand même que « le poisson a moins d’arêtes quand il est moins cher » !

Elle sort son feutre pour noter sur ses caisses « B/S » pour le marché, ou le nom d’un des restaurants qu’elle doit livrer. Elle file vers le fournisseur suivant pendant qu’Hacène récupère les bons de commandes et charge la marchandise. Ici, aucun prix n’est affiché, et on entend les chuchotements des vendeurs avec leurs habitués.

Anne Collart est l’une des seules femmes sous le pavillon. La poissonnerie est un métier d’hommes, mais elle est « née dedans ». 5h du matin. Après une courte pause au café du marché, Anne Collart remonte dans son camion, avec plusieurs palettes de poissons et crustacés derrière elle. « On essaie de tenir le chiffre, mais ça a beaucoup baissé, les habitudes changent, heureusement les gens restent fidèles à leurs plateaux de fruits de mer pour les Fêtes! » Jusqu’au péage d’Éprunes, elle vérifie qu’elle a tout, et que les prix négociés pendant la nuit ont été respectés.

Arrivée à Troyes, il faut décharger, et installer la case pour accueillir les clients. Afficher les prix, faire les promotions et les transmettre au journal, préparer les caisses pour les marchés de Bar-sur-Seine et Nogent… Avec sa dizaine de salariés, et son fils Thomas, qui travaille avec elle depuis deux ans, elle lisse la glace, y dépose les poissons, crustacés, filets. Tout doit être propre et appétissant, le marché var bientôt ouvrir. Depuis qu’elle a repris, elle a aussi développé le bio (crevettes, daurade et saumon) et les plats cuisinés. « Les gens veulent du vite-fait, donc nous préparons pour eux », sourie la patronne. Pour les 50 ans, elle a aussi redonné un coup de jeune à sa case des Halles de Troyes, avec de nouvelles rayures bleues et blanches au plafond, et une sirène, pour recouvrir l’ascenseur si cher à son père.